DANIEL LEUWERS, CORONA

Je cours d’un espace à l’autre. J’essaie de m’échapper. Mais la menace est invisible, insaisissable, et voilà que j’écris (que je m’écrie) :

La Corona, c’est cette couronne d’épines qui s’immisce jusque dans nos poumons, qui les bleuit et nous étouffe.

La Corona suscite notre courroux, sonne l’hosanna de nos désirs les plus fous.

Je ne veux pas entendre le cri âcre du temps arrêté où l’infection gagne le monde entier. Je veux continuer de voyager dans les endroits chéris qui fleurissent aux quatre coins de l’horizon.

Je ne sais même plus si sont encore en vie ceux qu’on avait promis à l’amour et qui s’étaient aventurés sur les rails du risque.

Je repousse cette couronne fatale à Paul Valéry quand, sur la mer maudite, s’éloigna soudain le voilier du malheur très intime.

J’ai soudain peur de la main caressante qui veut ferme nos yeux absents.

Viens, vite, sortons. L’échappée, c’est le ressort, la mise à mort du mauvais sort.