Jean Portante, Confinement

[…] et les cordes sont usées désormais
ou est-ce le cœur 
qui confinait non loin du pays taciturne 
– il se tait le pays quand trop de nuage 
l’envahit – l’entre-deux de la musique 

nous y jouions au soleil jadis
et à la lune y jouions 
aux nuages et à la pluie 
et les gouttes quand elles montaient –
parce qu’elles montaient jadis les gouttes –
étaient des alpinistes aveugles
qui à tâtons s’approchent du sommet
cordes à la main nuit dans les yeux
et de la poussière aussi 
après la sécheresse

puis il pleuvait des cordes de violon tristement
qui comme si une guerre commençait
enterraient sous le premier parapluie 
le dernier baiser le souvenir aussi 
oh goutte de pluie tombant du violon 
aux cordes usées usée la musique […]

© Jean Portante